Abitare il tempo : le salon de la prescription

Vérone, 20-24 septembre 2007
www.abitareiltempo.it


Pour sa 22ème édition, le salon de Vérone a proposé, un voyage dans le temps, l’espace et l’imaginaire à travers un parcours d’expositions, d’installations et de stands aux scénographies toutes aussi léchées les unes que les autres. Certainement moins pointu en termes de nouveautés produit en comparaison avec Milan, Abitare il tempo légitime sa place sur la scène internationale par son positionnement clair sur l’aménagement et la décoration haut de gamme – dans un esprit très italien.
Pour cette édition, 707 exposants étaient présents parmi lesquels 148 étrangers venant de 26 pays différents, soit une progression de 25% par rapport à l’an passé. La fréquentation, quant à elle, est restée quasiment identique à celle de 2006. Le salon a accueilli 53.700 visiteurs dont 10.629 étrangers de 97 nationalités ainsi que de 754 journalistes dont 179 étrangers.

Qualitatifs et cohérents, les 100.000 m2 d’exposition s’adressaient avant tout aux prescripteurs. Spécificité du salon de Vérone, un tiers de cette surface était réservé aux expositions et installations. Les deux autres étaient attribués aux acteurs de la décoration classique ou contemporaine (mobilier, accessoire, textile, éclairage, art de la table, revêtement de sol et mur, tapis, mobilier d’extérieur…) et agenceurs. Nouveauté de taille cette année, cette surface abritait également Linking to people, une exposition de 30.000 m2 dédiée au contact.

Raconter une histoire

Avec l’exposition A la recherche d’Alice (01), Vittorio Locatelli et Carlo Ninchi, ont proposé, dans un parcours onirique, une succession de mises en scène d’objets mixant avant-garde et tradition italienne (02)(03)(04)(05)(06)(07) qui suggère la complexité caractérisant notre relation avec l’espace, l’objet, l’innovation et la mémoire et qui renvoie chaque visiteur à sa propre histoire, son imaginaire. A une époque, où l’anxiété du futur est très présente, ils nous ont projetés dans un univers de rêve et de merveilleux où la décoration narrative prédomine. Revisiter les styles, jouer avec les rapports d’échelle, se jouer des codes de la décoration en les remixant, user et abuser de l’ornementation sont, à Vérone, autant de moyens pour se réapproprier l’espace.

Tout en restant loin des propositions radicales faites à Milan par Bisazza ou Moooi, le décorateur Vanin Giancarlo présentait avec une théâtralité très « show off », une collection dans laquelle on retrouve un rapport d’échelle hors norme avec des vases (08) et des objets décoratifs (09)(10) surdimensionnés d’une grande qualité de finition. En poussant la démarche à l’excès on tombe dans un univers over-kitch : la chambre d’une femme qui a réalisé ses rêves d’enfant en trouvant tout le mobilier de sa « Barbie-Master-Bed-Room » chez Halley (11). Le syndrome de Peter Pan n’est pas très loin.

Toujours très déco, mais moins extravagant, on ne comptait pas le nombre d’exposants qui exploitent la veine « charme » ou « home sweet home » : le belge Fancy, l’espagnol Becara (12), et mettent en scène un mobilier en bois délavé/usé (très éloigné d’un design nordique épuré) ou en rotin,  qui ne sont pas sans évoquer, entre autre, le français Bastide ou le belge Flamand présents à Maison & Objet.

Ce que l’on peut retenir : l’idée d’un confort cossu dans un environnement où les matériaux riches et chaleureux (pierre, marbre, bois, tissu, fourrure) sont prédominants. Une pièce est incontournable et mise en avant sur tous ces stands : la bergère prolongée d’un repose pied ou la méridienne(13) (14).

Imaginer de nouveaux environnements

Modifier ou repousser les limites, appréhender autrement notre rapport au temps et à l’espace, prendre en compte de nouveaux modes de vie, redéfinir les notions d’intérieur/extérieur, c’est ce que mettaient en avant deux autres sections du salon soit à travers l’exposition « Mutagenesis » soit par la présentation de projets réalisés en collaboration avec des architectes et des marques du secteur de l’ameublement, soit encore, par des propositions d’aménagement de lieux de vie abordées sous l’angle du contract : nouvelles typologies d’habitat privé, marchés du tourisme et du secteur tertiaire.

Après l’univers des comtes, de la théâtralité et de la décoration, l’exposition « Mutagenesis » (naissance d’une mutation) conçue par l’artiste belge Arne Quinze nous projetait dans un futur éclaté à travers une série d’installations monumentales en bois : « Artefacts of the future » (15), de prototypes d’un véhicule spatial : « Skytracer » (16), de maquette d’architecture comme née d’un arrêt sur image lors d’une explosion : « Cityscape » (17), et enfin d’un amas de luminaires en plastique translucide : « Oblivion » (18), éléments aux formes de cellules nerveuses entassées et désordonnées. Il régnait, dans ces 4.000m2 d’exposition, une certaine forme de chaos au cœur duquel dominait une forte sensation d’accélération, de vitesse, d’éclatement et de transformation de la matière, de l’espace et du temps.

D’une manière générale, dans les projets d’aménagement présentés, les cloisons et les murs semblent disparaître au profit de séparations qui laissent passer le regard et la lumière offrant ainsi aux occupants de ces appartements, maisons ou bungalows ouverts, une plus grande fluidité dans leurs déplacements.

Dans certains cas comme dans celui de la maison de ville XS conçue par Simone Micheli, le gain de place est la préoccupation essentielle. Les solutions pour définir et séparer les différents espaces de vie viennent de panneaux pivotants en miroir toute hauteur (19) et de murs-étagères (20).
Dans le cas du projet « En voyageant dans la mémoire » (21)(22), Lorenzo Bellini propose, un lieu dans lequel toute cloison dure est purement et simplement proscrite. Une chambre d’hôtel ou bien une suite parentale dans laquelle l’occupant circule tout naturellement de la chambre/salle-de-bain au salon lui-même ouvert sur l’extérieur.
Enfin, abolir les frontières, Aldo Cibic et Cibic & Partners en font la démonstration avec « Chambre avec vue » (23), une ré-interprétation de la classique chambre d’hôtel totalement ouverte sur l’extérieur et dans laquelle on ne sait plus très bien si le salon situé sous la chambre se trouve à l’intérieur ou à l’extérieur.

Confirmation de marchés en progression

Indoor/Outdoor.
Avec un hall entièrement dédié au mobilier d’extérieur lors du salon Maison & Objet de septembre dernier, la thématique du Indoor/Outdoor s’est également faite remarquer à Vérone. Dans une débauche de « tressés », plastiques ou naturels traités, le mobilier d’extérieur, classique ou contemporain, est présent sur l’ensemble du salon.

La quête de bien être.
En semaine, en week-end ou en vacances, la quête du relax et du bien-être pour le nomade métropolitain devient une priorité pour le marché de l’habitat comme pour celui du contract et se traduit autant par l’organisation architecturale du cadre de vie : privé/public, travail/ressourcement, intérieur/extérieur, que par l’affluence dans les domiciles, hôtels et autres buildings de bureaux de solutions apportant à chacun plus de confort : spa, sauna, jaccuzi…

Le très haut de gamme.
Enfin, le projet Made in Italy for Dubaï (24), témoigne du fait que le contract permet de maintenir de très hauts standards de conception et de réalisation. « Acacia Avenues », programme qui verra le jour en 2008, a permis au cabinet d’étude Matteo Nunziati et au promoteur de ce complexe (cinquante villas et deux tours de vingt étages) de faire appel à quelques unes des plus grandes entreprises de design italienne pour la conception des équipements intérieurs.

Prochaine session du 18 au 22 septembre 2008

Patrice Juin

Légendes photos

  1. exposition A la recherche d’Alice, élément de scénographie
  2. exposition A la recherche d’Alice, fauteuil club de Zanaboni - www.zanaboni.it
  3. exposition A la recherche d’Alice, chaise Ripple, création Ron Arad pour Moroso – www.moroso.it
  4. exposition A la recherche d’Alice, suspension Zeppelin, création Marcel Wanders pour Flos – www.flos.com
  5. exposition A la recherche d’Alice, console surdimensionnée
  6. exposition A la recherche d’Alice, baignoire Terra, création Naoto Fukasawa pour Boffi – www.boffi.com. Lustre de Chelini – www.chelini.it
  7. exposition A la recherche d’Alice, lit d’Ivano Redaelli - www.ivanoredaelli.it
  8. vases de Giancarlo Vanin - www.vgnewtrend.it
  9. Giancarlo Vanin - www.vgnewtrend.it
  10. Giancarlo Vanin - www.vgnewtrend.it
  11. chambre de Halley - www.halleyitaly.com
  12. stand Becara – www.becara.com
  13. méridienne de Guadarte – www.guadarte.com
  14. bergère de Guadarte - www.guadarte.com
  15. exposition Mutagenesis, installation Artefacts of the future
  16. exposition Mutagenesis, véhicule spatial Skytracer
  17. exposition Mutagenesis, maquette d’architecture
  18. exposition Mutagenesis, luminaires Oblivion
  19. maison de ville XS, création Simone Micheli - www.simonemicheli.com
  20. maison de ville XS, création Simone Micheli - www.simonemicheli.com
  21. En voyageant dans la mémoire, appartement de Lorenzo Bellini
  22. En voyageant dans la mémoire, appartement de Lorenzo Bellini
  23. Chambre avec vue d’Aldo Cibic - www.cibicpartners.com
  24. Made in Italy for Dubaï, programme de villas et de tours Acacia Avenues du cabinet Matteo Nunziati