ACTUALITÉ
15.02.12 Design au banc n°11 (tribune critique)
20.01-18.03.12 VIA DESIGN 2012 : les Aides à la Création (expo)
23.12.11 Lettre de l'Innovation n°45 : "Le meuble s'affiche" (publication)
08-31.12.11 b.a-ba, petites résurrections (expo)
25.11.11-01.01.12 Itinéraires design (expo)
01.12.11 Design au banc N°10 : "Politiques du design" (tribune critique)
30.09.11 Lettre de l'Innovation n°44 : "Espaces de vie[s] 2015" (publication)
05.10.11 Design au banc N°9 : "Design, ergonomie et performance" (tribune critique)
08.09.11-13.11.11 Objets d'exception 2011 (expo)
08.07.11-28.08.11 VIA / Les écoles de design / 2011 (expo)
| Les lundis du VIA n° 18 Table ronde – lundi 10 mars 2008 à 18 h 30 dans les locaux de VIA |

INTERVENANTS
Anne VARET FCBA – Directeur
Innovation Recherche
François AZAMBOURG Directeur
de Recherche INRIA FUTURS Laboratoire IN/SITU
Jean-Marc BARBIER FCBA – Responsable
Service Innovation
MODERATEUR
Philippe JARNIAT VIA – Chargé
des Relations avec l'Industrie
Cette table ronde est l'occasion de se questionner
sur les problématiques liées à l'utilisation des matières renouvelables.
L'exposition présentée actuellement dans la galerie VIA apporte la preuve
que ces matières – le bois et les végétaux – peuvent être propices à la
création contemporaine lorsqu'on les applique au domaine de l'aménagement.
Le débat d'aujourd'hui s'inscrira dans les cadres plus larges du développement
durable et de l'éco-conception. Huit thèmes pourront être ainsi abordés
et interrogés : le choix du matériau ; la réduction de ces matériaux ;
les techniques de production ; le système de distribution ; l'utilisation ;
la durée de vie ; la notion de fin de vie ; enfin, l'optimisation
des fonctions.
État des lieux
Jean-Marc BARBIER et Anne VARET brossent un état des lieux des différentes
matières renouvelables disponibles et évoquent les principaux axes de recherche
en cours. Pour illustrer leurs propos, ils présentent différents échantillons
de matières à découvrir. Cet état des lieux est principalement centré sur
le bois, matériau familier qui s'est vu taxé d'une certaine « ringardise »
et auquel ont été préférés d'autres matériaux tels le plastique ou les composites.
Il existe pourtant aujourd'hui des procédés de traitement et de transformation
qui permettent de modifier le bois et ses performances, et offrent ainsi
de nouvelles opportunités de « créer différemment ». Tous
les procédés qui sont présentés aujourd'hui existent et sont disponibles.
Le marché des bois polymères est en pleine phase d'expansion. Ces matériaux
qui contiennent un fort pourcentage de bois (60 à 80 %) ont des caractéristiques
semblables à celles des plastiques. Les procédés utilisés consistent à associer
un polymère thermoplastique, qui peut être d'origine naturelle, à une farine
de bois. Soumis à des traitements particuliers, le mélange bois/polymère
thermoplastique est transformé en une pâte, laquelle pourra être moulée
ou injectée, selon les cas. Ainsi, ces nouveaux produits biopolymères permettent
de s'émanciper des matières fossiles, tout en conservant les avantages de
fabrication du plastique.
Les bois polymères sont aujourd'hui essentiellement des farines de bois.
Le bois est ainsi réduit en poudre et sert essentiellement de matrice. La
capacité fibreuse du bois n'est pas valorisée entièrement. Les propriétés
des fibres isolées de cellulose ou de bois font l'objet de nombreux travaux,
l'objectif étant de valoriser les propriétés de ces fibres et de créer de
nouveaux matériaux solides, durables et plus légers. Car force est de constater
que la fibre de cellulose est un renfort mécanique qui n'est que rarement
valorisé dans les matériaux actuels.
Des travaux sont également en cours visant à fonctionnaliser cette fibre.
Ils consistent à greffer sur la fibre de cellulose des molécules et ainsi,
à transformer ses propriétés pour la rendre plus compatible avec les matrices
auxquelles elle va être associée. Il a par exemple été possible, au travers
de ce procédé, de produire des matériaux hydrophobes et antibactériens.
La recherche sur la fonctionnalisation de la fibre est en pleine explosion.
Le bois peut être soumis à une variété de procédés. Il est notamment possible
d'obtenir du « bois liquide ». Le bois est « déstructuré »
afin d'obtenir une pâte liquide qu'il sera possible de mélanger avec un
renfort (fibre de lin, de chanvre ou autre), créant ainsi une matière injectable
ou modulable.
De récents travaux ont permis de produire du fil à tisser composé de
fibres de cellulose qui peuvent être issues de différentes sources (bambou,
bananier,…). Si le procédé de fabrication est innovant, l'utilisation du
fil reste traditionnelle. Toutefois, il convient de noter que ces fils ont
des propriétés particulièrement intéressantes en termes de résistance et
qu'ils peuvent subir des impacts mécaniques plus importants que les fils
classiques. À noter également leur bonne capacité d'absorption, notamment
pour la coloration.
Certains procédés visent en outre à modifier les propriétés mêmes de la
matière, conférant au bois de nouveaux avantages. Ils permettent d'améliorer
la putrescibilité du bois, et dans certains cas, d'en améliorer les performances
mécaniques : on parle alors de bois flexibles ou de bois chauffés,
de bois modifiés et d'oléothermie.
Pour finir, certains procédés permettent de mettre en forme ou d'assembler
le bois. Il est ainsi possible de produire un « bois en 3D » ou
d'unifier deux morceaux de bois par frottement.
Le rôle du designer
François AZAMBOURG se dit peu à l'aise pour
parler d'écologie. Pourtant, certaines de ses créations relèvent d'une démarche
que l'on pourrait qualifier d'écologique, à l'instar de cette chaise en
lin tressé et résine de maïs. Il n'hésite pas à utiliser des techniques
ancestrales pour créer une chaise en chêne massif, mais teintée au jus de
kaki (Kakishibu), ce qui lui confère des qualités imputrescibles. Le jus
de kaki est utilisé essentiellement au Japon pour traiter l'air pollué.
On peut donc bien parler de « design écologique ».
Les échantillons présentés aujourd'hui sont des promesses. Tout est à imaginer
dans l'échantillon, car l'objet n'existe pas encore. Si le designer a un
rôle aujourd'hui, c'est bien de réduire la distance entre le rêve et la
réalité, entre le rêve promis par ces échantillons et la réalité du produit.
Pourtant, le designer est aujourd'hui confronté à certains obstacles :
le cynisme de certains industriels, par exemple. Un cynisme qui veut que
l'on épuise les ressources fossiles avant de s'intéresser aux résines naturelles.
La question du devenir de la matière est critique. Pourtant, celle-ci n'est
jamais traitée dans les écoles de design. François AZAMBOURG est à ce titre
sidéré par la façon dont les élèves utilisent les matériaux auxquels ils
ont accès. Ils font preuve d'une incroyable distance par rapport à la matière.
Les designers ne disposent donc que de très peu d'informations sur les nouveaux
procédés développés, lesquels sont pourtant disponibles. Les plus chanceux
pourront être initiés par des « personnes bienveillantes ». Comment
s'étonner alors que de nombreux designers continuent à privilégier les lignes
et les contours ? Peu importe qu'il s'agisse de bois ou de plastique,
force est de constater que la forme prime toujours.
La démarche d'éco-conception
Notre époque a pris conscience de l'impact
environnemental des matériaux utilisés. Si les développements technologiques
permettent de démultiplier les usages du bois, le ticket d'entrée sur le
marché des bois polymères est élevé. Ces nouvelles matières – comme le font
observer plusieurs intervenants dans la salle – sont encore très chères.
Mais cela n'est vrai qu'en comparaison des produits pétroliers, dont les
prix demeurent attractifs. Cependant, l'évolution inéluctable vers la raréfaction
des ressources fossiles devrait renverser la tendance et inciter les créateurs
et les industriels à utiliser l'ensemble des possibilités qui leur sont
offertes par les matières végétales.
Se posera alors la question des tensions sur les prix sur le marché du bois,
du fait de la concurrence entre les usages qui en sont faits. Le bois est
utilisé pour la fabrication de meubles ou de palettes, mais également pour
la construction des maisons. Aujourd'hui, raréfaction des ressources fossiles
oblige, le bois prend une place importante parmi les énergies de chauffage.
Cela provoque évidemment des tensions sur le marché. Toutefois, Anne VARET
rappelle que les usages du bois varient en fonction de la partie de l'arbre
qui est utilisée. En d'autres termes, ce ne sont pas les mêmes parties de
l'arbre qui sont utilisées pour l'énergie et pour l'industrie. Qui plus
est, la question qui se pose aujourd'hui est plutôt celle de « l'utilisation
maximale des arbres », sans conséquence écologique.
Cela étant dit, s'agissant d'éco-conception, Jean-Marc BARBIER rappelle
que ce n'est pas parce qu'un produit est élaboré à partir d'un certain nombre
de matériaux à base de fibres naturelles qu'il a été « éco-conçu ».
On ne peut pas dire qu'un produit est écologique parce qu'il est en bois.
C'est l'ensemble du cycle de vie du produit qui doit être pris en compte.
Les bois utilisés peuvent ainsi venir de très loin. Or, chacun sait que
le transport du bois est non seulement onéreux, mais également polluant.
De surcroît, certains bois peuvent être traités avec des procédés dont les
impacts sur l'environnement seront plus néfastes que certains produits faits
à base de pétrole.
Anne VARET fait d'ailleurs remarquer que certains procédés, comme l'oléothermie,
n'utilisent pas toujours des huiles naturelles. L'idée d'éco-conception
doit être poussée jusqu'au bout, ce qui n'est malheureusement pas encore
le cas. En outre, l'utilisation de certaines ressources végétales peut également
poser problème. Ainsi, pourquoi intégrer des résines de maïs ou d'amidon
dans des produits, alors que ces matières sont traditionnellement destinées
à l'alimentation ?
C'est pour cette raison que le bois demeure attractif. Certes, le transport
du bois est polluant, et le premier geste écologique consisterait à économiser
la matière. Sauf pour le bois dont l'une des qualités est de stocker le
CO 2 . De nombreux travaux sont actuellement menés pour augmenter les ressources
en bois en France, ce qui permettrait notamment de limiter les tensions
sur le marché. Reste que si la ressource forestière doit être augmentée,
les capacités en main-d'œuvre demeurent limitées. Ainsi, toute démarche
d'éco-conception doit intégrer le facteur humain.
En guise de conclusion
Les enjeux en matière de développement durable,
d'écologie et de respect de l'environnement, sont fondamentaux. N'est-il
pas de la responsabilité de chacun, et en particulier des designers, de
s'emparer de ces questions ? Et ce, notamment en vertu de leur qualité
de « producteurs », comme le souligne François AZAMBOURG.
